La fin d’un voyage

La fin d’un voyage

Je montai dans un train à quai sans connaître sa destination. Il s’agissait d’un de ces vieux trains souvenir de l’âge d’or du rail. Avec sa locomotive à charbon à l’avant, laissant dans l’air un parfum typique que portaient sur eux ces chevaliers des temps modernes, sur leur monture d’acier, conducteur d’une époque oubliée. Je m’assis dans le wagon.

Les autres voyageurs étaient comme moi : peu de bagages, souvent seuls, quelques-uns en couple. Eux connaissaient sans doute la destination, vu leurs mines réjouies et leur air insouciant. Je n’étais quand même pas très sûr qu’une de ces personnes sache où l’on allait. C’est d’ailleurs le chef du train lui-même qui m’avait dit : « C’était mon dernier voyage. Pour moi, ça s’arrête ici. Bonne continuation. ». Et il était descendu du train, en même temps qu’une petite fille qui avait l’air très malade. Le voyage se déroula mollement. Sauf au moment où ce monsieur qui était assis devant moi, la quarantaine, disparut. Oui, il disparut, volatilisé.

Où était-il passé ? Je remarquais alors qu’un des jeunes couples avait été remplacé par deux vieilles personnes. Que se passait-il ? Moi même, j’étais pris de spasmes, mon dos me faisait affreusement souffrir, et ma vision baissait à vue d’œil. Mes cheveux et poils viraient au blanc, ma peau se raidissait.

J’avais de plus en plus de mal à respirer. Était-ce dû à ces cigarettes, cadeau de la guerre que je continuais à fumer régulièrement ? Le train s’engouffra dans un tunnel. Tout y était sombre puis la lumière, un flash au milieu de la nuit. Puis à nouveau, un tunnel, un flash de lumière, et encore, un tunnel et un flash. Puis plus rien, le noir absolu. Mon cœur stoppa.

Dans la chambre de l’hôpital, les médecins arrêtèrent après plusieurs minutes. Il était trop tard. Le cancer avait atteint les poumons. C’était irréversible. Trop tard. Une infirmière rangea le défibrillateur posé sur la table.

Je m’appelais Florimond et le train de ma vie s’arrêta en gare à l’âge de 89 ans. C’était un Mardi…


Texte écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture en école d’ingénieur (2011).

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