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Category: Nouvelle (Short story)

Tête d’oignon

Tête d’oignon

L’enfant était assis, seul. Ses camarades l’avaient abandonné. Et le voilà, au milieu de la cour de récréation en train de pleurer à chaudes larmes. Des larmes de crocodile, des larmes de solitude. Lui, aux cheveux blonds très clairs avec son épi sur le haut du crâne avait été surnommé « tête d’oignon ». C’est vrai qu’il ressemblait à un oignon. Mais le pauvre, dès que quelqu’un se frottait à lui, pour se défendre, il pleurait, comme quand on joue avec le légume. Il était frêle l’oignon et il ne savait pas quoi répondre face à ses assaillants.

Et un jour, j’étais là, moi et mes rondeurs. Petit et gros, tant de qualités. Et les gamins s’en prirent à moi aussi. Narquois et violents, avec leurs langues acerbes. Mais moi j’étais fort et pris d’amitié avec l’oignon, nous avions formé, face à ces bêtes, le meilleur duo qu’il soit : « le gros plein de soupe et l’oignon ».


Texte écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture en école d’ingénieur (2011). L’exercice consistait à écrire un texte à partir d’un dessin.

S.D.F.

S.D.F.

Je marche, sans savoir où aller. J’erre, sans savoir que penser. Habillé de cette vieille redingote en peau de bête, manteau épais et rembourré qui me réchauffera l’hiver. Mais aujourd’hui, c’est l’été. Les pigeons sont là, chapardant les morceaux de pain laissés par terre. Je remarque un moineau dans le coin. Il est timide, il n’ose pas avancer. Oui, pour lui c’est un véritable champ de bataille. C’est la guerre. Les passants et les pigeons, ces rats des airs, sont les ennemis. Dure rivalité quand on est si petit, mais il faut bien manger. Je m’avance vers lui pour l’aider, pour lui donner les quelques miettes de mon biscuit, mais trop tard, un humanoïde lui a fait peur, il est parti. Oui, j’ai bien dit humanoïde car selon moi, je ne fais pas parti de la même espèce. Eux ne me voient pas. Ils me passent devant sans même esquisser un regard, moi qui passe mon temps assis par terre dans cette gare, entre la boîte à photos et le boulanger. Oui, ces boîtes rectangulaires dans lesquels ces gens rentrent. Ils tirent le rideau, un flash et ils sortent. Certains sont contents de leur création, ils partent avec leur chef d’œuvre. D’autres, déçus, délaissent leurs portraits sur le sol. J’en profite, moi. Je les ramasse, ces images. Elles me permettront de mettre des visages sur les noms de mes amis que j’invente dans mes histoires.

Hum ! Cette odeur. Le boulanger vient de finir une fournée de croissants. Ca sent bon. J’attends un peu, bercé par la mélodie des parfums, puis je me lève. Certains croissants sont trop cuits. Ils sont brûlés, impropres à la consommation, comme ils disent. Pas pour moi. Je récupère ce trésor de saveurs laissé là, comme des orphelins au fond de la poubelle. Allez, je vais faire un tour.

Je continue ma promenade dans la gare, ce bâtiment, immense par ces proportions qui accueille en cette période de l’année des milliers de touristes. Ils prennent tous le train pour parcourir le monde, de wagon en wagon, de gare en gare. Ces trains sont tout de même impressionnants. Même moi, qui ai l’habitude de les côtoyer, je reste émerveillé à chaque fois. Un jour peut-être, moi aussi, je monterai dans une de ces machines, sans trop connaître sa destination, pour m’évader.

Tiens, ceux là se retrouvent après une longue séparation, on dirait. J’ai du mal à entendre ce qu’ils se disent même si je suis tout près. Ils sont couverts dans leur cocon par la voix au micro annonçant le prochain train au départ. Ah, non. C’est un retard. Nous passerons donc plus de temps ensemble, vous touristes passagers, et moi qui pour vous ne suis qu’un fantôme.

J’aime la gare. Tout y est si grand, si magique. Les gens sont pressés. C’est toujours comme ça. Quand on va quelque part, on n’a qu’une envie c’est de partir. L’homme a du mal à se sédentariser. Il faut bouger, à gauche, à droite, « regarde, là-bas, ça a l’air mieux ! ». Et pourtant, moi,  je reste, dans mon coin, seul avec mes rêves et mes personnages, dans ce microcosme des temps modernes. Oui, dans la gare, il y a tout : des endroits pour manger, des toilettes pour se désaltérer, des salles de lecture, même s’il faut payer pour lire les magasines, « ce n’est pas une bibliothèque ! », qu’elle crie la vieille derrière son guichet. On y croise des gens de tous horizons. Parlant des langues si mystiques que l’on pourrait les croire venus d’autres planètes.

J’aime la gare. On s’y sent moins seul. Et pourtant dans un endroit si convivial, on y voit aussi le malheur, la pauvreté, comme moi, la tristesse des séparations, parfois même la mort.

« Hé, fais un peu attention ! ». Cet homme me bouscule, sans s’excuser. Il ne détourne même pas le regard au son de ma voix. Il est vrai que je me perdais dans mes pensées, mais quand même… Je m’arrête. Les véhicules électriques qui transportent les bagages vers les trains ont failli m’écraser les pieds. Il y a trop d’agitation. Je retourne dans ma tanière, à l’abri du photomaton. C’est l’heure des trains en direction du sud.

Tiens, si je faisais une sieste. Oui, pourquoi pas. J’ai été réveillé plusieurs fois cette nuit par la femme au micro. Je vais rêver de ces destinations ensoleillées, de ces plages de sable fin, bercées par la douce ondine des vagues. La mer, bleue, et moi nageant en son sein, battant l’océan des mes quatre petites pattes.

Mince. La balayeuse. Il me faut bouger. Vite je saute et fuis devant la machine infernale. C’est tout de même pas facile la vie en gare quand on est un rat, sans direction fixe.


Texte écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture en école d’ingénieur (2011).

La fin d’un voyage

La fin d’un voyage

Je montai dans un train à quai sans connaître sa destination. Il s’agissait d’un de ces vieux trains souvenir de l’âge d’or du rail. Avec sa locomotive à charbon à l’avant, laissant dans l’air un parfum typique que portaient sur eux ces chevaliers des temps modernes, sur leur monture d’acier, conducteur d’une époque oubliée. Je m’assis dans le wagon.

Les autres voyageurs étaient comme moi : peu de bagages, souvent seuls, quelques-uns en couple. Eux connaissaient sans doute la destination, vu leurs mines réjouies et leur air insouciant. Je n’étais quand même pas très sûr qu’une de ces personnes sache où l’on allait. C’est d’ailleurs le chef du train lui-même qui m’avait dit : « C’était mon dernier voyage. Pour moi, ça s’arrête ici. Bonne continuation. ». Et il était descendu du train, en même temps qu’une petite fille qui avait l’air très malade. Le voyage se déroula mollement. Sauf au moment où ce monsieur qui était assis devant moi, la quarantaine, disparut. Oui, il disparut, volatilisé.

Où était-il passé ? Je remarquais alors qu’un des jeunes couples avait été remplacé par deux vieilles personnes. Que se passait-il ? Moi même, j’étais pris de spasmes, mon dos me faisait affreusement souffrir, et ma vision baissait à vue d’œil. Mes cheveux et poils viraient au blanc, ma peau se raidissait.

J’avais de plus en plus de mal à respirer. Était-ce dû à ces cigarettes, cadeau de la guerre que je continuais à fumer régulièrement ? Le train s’engouffra dans un tunnel. Tout y était sombre puis la lumière, un flash au milieu de la nuit. Puis à nouveau, un tunnel, un flash de lumière, et encore, un tunnel et un flash. Puis plus rien, le noir absolu. Mon cœur stoppa.

Dans la chambre de l’hôpital, les médecins arrêtèrent après plusieurs minutes. Il était trop tard. Le cancer avait atteint les poumons. C’était irréversible. Trop tard. Une infirmière rangea le défibrillateur posé sur la table.

Je m’appelais Florimond et le train de ma vie s’arrêta en gare à l’âge de 89 ans. C’était un Mardi…


Texte écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture en école d’ingénieur (2011).

Point de vue

Point de vue

Je me réveille, la nuit a été dure. J’ai du mal à me rappeler où je suis. Je regarde à gauche, à droite. C’est bizarre, le monde est monochrome. Pas de couleur, seul le noir. Auraient-elles fait grève ? Après quelques minutes dans ce monde étrange, je comprends. Je ne suis qu’un point sur un « i » au milieu d’une page. Une tâche d’encre au milieu d’un texte. Même pas une lettre entière : un point. Autour de moi, un monticule d’écritures. Je crie: « Hé ho y’a quelqu’un ? ». Un long écho. Puis le silence. Un long silence. Serais-je donc seul ? Mais surtout comment ai-je pu atterrir ici ? Je dois être endormi. Mais comment se pincer pour sortir du rêve quand on n’a pas de bras ?

N’ayant rien d’autre à faire dans ce monde en deux dimensions fait de lignes et de points, je décide donc d’aller enquêter pour essayer d’en apprendre plus. Alors ni une, ni deux, je pars en promenade mais… comme un point, quoi. Je saute tant bien que mal, de caractère en caractère, de lettre en lettre, avançant doucement sur la feuille. Parfois point virgule, parfois demi tréma sur un « e » ou un « u », parfois coupant une phrase en son milieu, je fais mon petit bonhomme de chemin. Quand soudain une voix au loin qui m’appelle par mon prénom. Suis-je fou ? Serais-je en train d’imaginer des bruits ? Quelle question stupide. Je suis un point qui pense, qui parle et qui bouge, donc bien sûr que je suis fou. Si il existait un asile pour caractère typographique, j’aurai déjà été admis, c’est sûr. D’ailleurs, c’est drôle, mais je viens de dépasser les trois lettres qui forment le mot fou.

Mince. C’est la fin de la ligne. Que dois-je faire. Continuer sur la table ? Non, je vais poursuivre l’histoire et passer à la ligne suivante. C’est décidé, je descends pour voir. Je saute, c’est la chute. Comment me rattraper ? Je m’étire tant bien que mal formant un tiret à mi hauteur avec la ligne suivante, et crée suffisamment de frottements pour ralentir et tenter une approche à vue. Mais la réception va être périlleuse. Voilà que je rebondis sur une lettre. C’est le « c » du mot enfance qui a amorti ma chute. Ouf, je suis sauf. Cette chute m’a tout de même donné le tournis, et je me mets à voir trouble. Je vois des flashs de lumières et des petits astérisques tourner autour de ma tête. Est-ce ma tête ou mon corps ? Etant si petit, cela revient au même. J’attends quelques instants que ma tête arrête de tourner, enfin, … mon corps. Et me voilà reparti, de consonne en voyelle, de majuscule en minuscule, quand soudain,… nouvelle péripétie du récit, celui qui a écrit ce texte a laissé trop d’espaces entre les mots. Ce fossé est beaucoup trop large pour un point comme moi. Je n’arriverai jamais au mot suivant, et en bas, je n’arrive pas à voir ce qu’il y a. Je décide donc de prendre mon courage à deux mains, enfin, c’est une façon de parler, je ne suis qu’un point. Je saute. La chute est longue. J’ai envie de crier, mais aucun son ne sort. J’ai compris, il n’y a plus de mots, en dessous c’est la fin, la page blanche.

Je me réveille, la nuit a été dure. J’ai du mal à me rappeler où je suis. Tous les visages sont tournés vers moi. Je me suis endormi en cours et l’animatrice de l’atelier d’écriture a appelé mon nom pour me réveiller. Mince, maintenant, il faut que j’invente une histoire, mais de quoi vais-je bien pouvoir parler ?


Texte écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture en école d’ingénieur (2011). L’exercice consistait à intégrer des mots imposés dans le corps du texte. Les mots (identifiés en gras dans le texte) nous étaient donnés au cours de la rédaction.

Scène de jeu

Scène de jeu

Il est 18h00. Une drôle de sensation m’envahit. Je tremble légèrement. Espérons que cela se calme vite. Je m’installe sur cette chaise en métal froid devant cette table en bois. Sur la table, un téléphone, un stylo bille et un ordinateur ressemblant plus à un jouet. Vous savez, ces ordinateurs que l’on donne à des enfants en bas âge pour apprendre les mots ou la musique. Pourtant mes doigts tapotent sur le clavier. Moi, du haut de mes 16 ans, me voilà en train d’imaginer le texte s’écrivant sur l’écran.

Dring Dring. Le téléphone sonne. Est-ce moi ou mon imagination ? Je décroche. Personne au bout du fil. Pourtant, je réponds : « Oui,… oui,… tout à fait,… demain 10h, sans problème au revoir. ». Je raccroche.

Une femme s’approche. « Bonjour, vous avez pris rendez-vous ? ». Elle répond : « Non, désolé, je ne savais pas que c’était nécessaire. ». Je lui dis de patienter et de s’asseoir.

Ce lampe est vraiment mal placée. Elle me fait mal aux yeux et il commence à faire chaud. Les gens s’impatientent dans la salle. Il est bientôt l’heure.

Soudain, le silence s’installe. Le stress n’est plus là. Derrière moi, la scène s’éclaire. La pièce va bientôt commencer. Je joue le rôle d’un docteur dans son cabinet médical dans une pièce écrite et jouée par notre groupe.

Pourquoi avoir choisi une perruque ? Ça démange beaucoup et ça tient chaud.

Ah, c’est à mon tour de parler. Je me lève : « M. Bergerac, suivez moi pour votre consultation ».


Texte écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture en école d’ingénieur (2011). L’exercice consistait à “rédiger un souvenir”.